Les chemins de la joie

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La joie – émotion ou sentiment ?

Références : Isabelle FILLIOZAT

Déborah : Guy – Dans cette chronique, tu vas nous parler de la joie. La joie, c’est quoi ? Une émotion ou un sentiment ?
Une émotion est une réaction d’adaptation de notre organisme. La joie est l’expression même d’une émotion. Elle nous fait battre notre cœur à la chamade, elle nous rend léger, plein d’énergie, elle nous inonde de chaleur, nous donne envie de chanter, de soulever des montagnes…
Par exemple, quand tous sommes réunis, que l’ambiance est à la fête, que les rires fusent, que les embrassades sont nourries, nous sommes tous plein de joie.

Déborah : Guy est-ce que tu dirais que la joie, c’est donner du sens à la vie ?
Bien sûr que oui. Exister aux yeux des autres, en particulier aux yeux des personnes que l’on aime, c’est se réaliser soi-même, c’est percevoir la vie en nous, dans notre intime.

Déborah : Si je comprends bien, favoriser le jeu pour nos enfants est très éducatif !
Le jeu pour nos enfants est capital pour favoriser ses apprentissages. Encourageons les enfants à développer en eux cette capacité à l’émerveillement, cette passion d’explorer et à apprendre. Encourageons-les à ne pas perdre ces élans de câlins que les parents et les grands-parents apprécient sans modération.

Déborah : oui, mais il y a des jeux dangereux, les parents doivent surveiller leurs enfants pour éviter  les risques qu’ils se blessent ?
Plutôt que de poser des limites à nos enfants, encourageons-les, plutôt que de freiner leur joie de vivre. Bien sûr que les parents doivent prévenir des risques dangereux, mais encourageons-les à intégrer des procédures qui vont leur donner le chemin à prendre… c’est plus positif… que des injonctions : « Attention tu vas te faire mal ….  Ou tu vas faire mal à ta petite sœur… Fais pas ci, fais pas ça … » Et avec le ton autoritaire de la voix qui plus est ! Répétées en boucle, l’enfant se limite lui-même, comprend que s’il joue, ça met en colère sa maman, ou son papa qu’il aime. Son cerveau, en construction, comprend un message qui limitera, plus tard sa confiance en lui. … qui sera  peut-être la cause de son mal être à l’école…

Déborah : laisser prendre des initiatives permet à l’enfant de mieux préparer ses apprentissages ?
Oui, parfaitement, ces initiatives, mêmes parfois risquées, permettent aux enfants de se réaliser, d’être en joie. Je me souviens d’une maman qui nous avait sollicités parce que son enfant était trop turbulent à l’école. Je lui avais proposé d’aller marcher tous les trois, ensemble, le long de la Vienne. Entendant notre conversation l’enfant se met à crier OUAISSSSSSSSSSSSSSS CHOUETTEEEEEEEEEEE ! De toute évidence l’enfant était heureux d’aller se promener. Alors la maman, lui prodigue mille conseils…. Bon c’est d’accord, mais tu sais c’est dangereux, tu n’as pas l’habitude, et si tu tombes, je n’irai pas te chercher, je ne sais pas nager, et puis l’eau est froide…. Tu mets ton anorak, il ne fait pas chaud dehors… etc….
Arrivés sur le sentier piétonnier longeant la Vienne, l’enfant s’amuse, court … A peine s’était-il éloigné d’une vingtaine de mètres qu’il se fait rappeler par sa mère ! L’enfant en question a 10 ans !  A dix ans, il sait que la Vienne est dangereuse, d’ailleurs il courrait du côté opposé à la rivière, preuve en est que cet enfant avait intégré la dangerosité du fleuve…. Puis après avoir marché une vingtaine de minutes, nous arrivons sur la rive, un espace plus large. Bridé par l’interdit de courir, l’enfant se lâche… court côté opposé à la rivière, grimpe sur un muret d’environ d’un mètre de haut… et bien sûr, maman le rappelle à l’ordre…. Tu vas va abimer ton anorak…. Fais attention …. Ne grimpes pas sur le mur…. L’enfant fait semblant de ne pas avoir entendu… alors maman hausse le ton… et l’enfant revient et … boude… La sortie qui lui faisait tant plaisir s’est transformée en privation, frustration du plaisir de jouer !!!  La maman a privé – sans le savoir – son enfant de son hormone : l’ocytocine qui rend heureux… Quant à elle, angoissée à l’idée de cette sortie qu’elle n’avait pas osée me refuser, a été submergée par l’hormone du stress : le cortisol…
Heureusement, une fois revenus à la maison, la joie est au rendez-vous par le goûter.  Les gâteaux et les jus de fruit partagés, tous réunis autour de ce goûter nous avait ressoudés… Et cerise sur le gâteau… L’enfant se tourne vers moi et me dit devant sa mère : « quand-est-ce que tu m’emmènes revoir les poissons ?... Fou-rire général, car nous avions – tous – compris la limite des interdits…. Et maman dit à son fils : et bien la prochaine fois je viendrais avec mon survêtement et on fera la course… Et on verra qui arrive le premier ?
Cette balade a permis à la maman de percevoir le bien fondé de donner des règles pour réussir, mais pas des interdits qui frustrent. Les enfants murissent leur cerveau dans la joie et non dans la contrainte permanente. La joie, c’est le carburant des différentes aires cérébrales des enfants.

Déborah : Guy, tu nous dis : « quand nous sommes tous réunis, nous ressentons naturellement de la joie ». Comment tu expliques cela ?
En effet, que nous soyons : enfant, adolescent, adulte, personne âgée allongée sur son lit médical : retrouver ses amis nous met en joie.
Il n’y a qu’à observer les enfants qui retrouvent à l’école leurs copains, ou encore les ados sur Facebook, ou encore le sourire d’une personne malade visitée par ses amis. Tous, retrouvent de la joie intérieure en eux. En fait, être en présence de personnes connues rassure. Sentir l’affection que nous ressentons pour nos amis remplit notre réservoir de bonheur. Ce réservoir se nomme l’ocytocine : c’est notre hormone du bonheur. Quand  deux personnes s’enlacent, quand un enfant court se réfugier dans les bras de l’un de ses parents… Tous, remplissent leur réservoir de bonheur.

Déborah : c’est pourquoi, il ne faut pas s’en priver !
Surtout pas ! Etre relié nous procure un sentiment de sécurité. Or, la sécurité fait partie des besoins humains à satisfaire, comme boire, manger, dormir … On ne peut pas vivre dans l’insécurité. Et la joie  répond au besoin de sécurité, surtout chez les tous petits, parce que leur cerveau n’est pas encore mature. A l’inverse, l’insécurité produit du stress, de l’anxiété, de la peur… L’hormone responsable de ce stress se nomme le cortisol… qui à jet continu fait perdre l’estime de soi, la confiance en les autres et en soi-même.

Déborah : Guy : tu nous dis aussi : la joie c’est le sens de la vie. Tu peux m’expliquer ?
Je te confirme Déborah ; être en joie nous transcende, nous procure de l’énergie qui nous permet de nous dépasser. Et si nous arrivons à nous dépasser, c’est que nous « grandissons ». Et faisant cela, nous donne du sens à notre vie vers une direction choisie et non imposée par des prétextes confus… Nous dépasser répond à un autre besoin que nous avons tous en nous, c’est le besoin d’accomplissement, de spiritualité laïque ou religieuse selon la foi de chacun. Réfléchir au sens de notre vie, c’est emprunter tel chemin au détriment d’autres. C’est enrichir notre discernement à choisir. Et quand on arrive en fin de vie, le choix, c’est encore un peu de liberté qui nous reste, qui nous aide à vivre, surtout quand le reste du corps craque sous le poids des ans.
En fait, c’est le cerveau complet qui est en jeu : pas seulement le cerveau émotionnel. Quand nous sommes en joie, ce sont toutes les aires cérébrales qui jouent le concert d’une vie apaisée, reliée aux autres, aux événements avec une vision positive de la vie.

Déborah : plus notre cerveau fonctionne bien, meilleurs sont nos choix.
Exactement ! C’est pourquoi, il ne faut pas le maltraiter, surtout lorsqu’il est en construction. Je rappelle que le cerveau enregistre dès la sixième semaine de grossesse les sentiments – heureux – ou pas - de sa mère. C’est très important d’en avoir conscience, parce que le stress d’une maman enceinte anxieuse risque de modifier durablement les gênes de l’enfant à naître ! Ce sont les scientifiques qui nous le disent. Et, ils sont consensuels sur cette observation.

Déborah : faire la fête, avoir et entretenir des relations empathiques, douces, les uns envers les autres sont les clefs de notre bonheur.
Effectivement, et ce que tu viens de dire pourrait être la conclusion de mon propos. Pour les auditeurs qui veulent aller plus loin, je les invite à découvrir le livre d’Isabelle FILLIOZAT : les chemins du bonheur qu’elle vient de publier aux éditions JC Lattès.
Pour terminer je voudrais citer également Roger GIL, Professeur émérite de neurologie à la faculté de médecine et de pharmacie de l’université de Poitiers,  directeur de l’Espace de réflexion éthique au CHU de Poitiers : « la manière de vivre et d’exprimer nos émotions, les choix existentiels qu’elles appellent, sont à la base de note personnalité »
Pour le philosophe Henri Bergson : « la création signifie avant tout : émotion : c’est elle qui pousse l’intelligence en avant… c’est elle qui vivifie les éléments intellectuels avec lesquels elle fera corps ».
Mon dernier mot sera : apprenons à bien reconnaître les émotions de nos enfants et de nos petits-enfants pour mieux les écouter et répondre à leurs besoins et déjouer leurs caprices.
Merci.

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