Vers une économie du savoir

  • PDF

Référence : Jean STAUNE – les clefs du futur – réinventer ensemble l’économie… édité chez PLON – septembre 2015 -

Déborah : Guy, tu nous as éclairés dans la chronique précédente sur les révolutions fulgurantes à venir, aujourd’hui, tu veux poursuivre sur l’économie du savoir.
En effet, dans cette nouvelle aire, l’ère de la postmodernité – je cite toujours Jean Staune – notre érudit qui nous explique sa vision d’un futur qui est déjà en marche, dans son livre : les Clefs du futur aux éditions PLON, il nous introduit ses arguments par cette observation : la ressource économique essentielle n’est plus la matière, mais la connaissance et le savoir, qui se valorisent par leur partage grâce à des réseaux ouverts, provoquant une augmentation considérable de l’intelligence collective.

Déborah : c’est un résultat positif de l’évolution des réseaux internet.
Il ne faut pas voir que les conséquences négatives dont certains aiment à se répandre ! Ceux-ci ont la nostalgie du passé. Je préfère éclairer les familles sur les aspects positifs de l’évolution de la connaissance. Et, une des conséquences positives en est le développement de nouvelles formes d’économies, ou d’échanges de particuliers à particuliers, cela n’explique nullement la disparition des entreprises traditionnelles, mais il est clair que les entreprises qui survivront le feront dans un nouveau contexte économique, très différent de celui d’hier et d’aujourd’hui.

Déborah : Que nous dit Jean Staune sur le sujet ?
Il repère une première étape qu’il nomme : de Général Motors à Google ! Autrement dit quand les cerveaux remplacent les machines. C’est une métaphore qui mérite explication. Je ne veux pas contredire Jean Staune, je n’en ai pas la compétence, mais, me semble-t-il, pour que la Générale Motors puisse devenir ce qu’elle est devenue, il a bien fallu des cerveaux performants pour construire cette multinationale. Mais, visiblement, c’était à une autre époque dans un contexte différent.
En fait il veut dire que pour dépasser la GM, il fallait plus de capitaux qu’elle. Toyota qui a fini par dépasser la GM, a mis 80 ans pour y arriver. Alors qu’IBM, leader du marché des ordinateurs en 1980,  s’est fait dépasser en moins de 10 ans par Microsoft. Et, dix ans plus tard l’hégémonie de Microsoft est terminée, remplacée par une autre, celle de Google qui se trouve menacée, par une Start up créée en 2008 qui s’appelle Facebook !

Déborah : nous assistons là à une évolution de plus en plus rapide ! Difficile de suivre !
La succession de Microsoft – Google – YouTube – Facebook, nous montre que nous sommes-là, face à un tout autre mécanisme que les compétitions entre entreprises classiques du type GM ou Toyota. La raison profonde, c’est qu’il faut énormément moins de capitaux pour développer de telles entreprises que celles de type classiques qui sont dépendantes du marché, en restructurations permanentes et qui renvoient à la maison un nombre important d’ouvriers qui deviennent des chômeurs.

Déborah : la ressource économique de base n’est donc plus le capital !

Exactement, ni celles de la planète qui s’épuise ! La raison, c’est que, s’il faut des capitaux pour développer des Start up, il en faut beaucoup moins que pour des entreprises classiques. C’est, et ce sera le savoir qui créera des richesses au XXIe siècle, le siècle des petits-enfants de ma génération, du baby-boom d’après la guerre 39-40.
Le défi économique de la société post capitaliste consistera à assurer la productivité du savoir et des travailleurs du savoir. La connaissance, la créativité, l’imagination, la gestion de l’information seront les nouvelles ressources.

Déborah, tu sous-entends, que nous, les jeunes familles, nous avons à intégrer ces données dans notre manière d’éduquer les enfants.
Ta déduction me plait beaucoup. En effet, l’éducation des enfants doit intégrer l’imaginaire, la créativité, la connaissance des émotions, qui devront être acquis dès le plus jeune âge. Mais pas seulement, l’apprentissage de plusieurs langues, la philosophie pour donner du sens à la vie, la culture pour ne pas se perdre en tant qu’humain, la gestion du risque, le travail coopératif, les relations bienveillantes etc. autant de disciplines nouvelles qui devront être enseignées, au même titre que les mathématiques, les sciences.

Déborah, et que penses-tu de l’arrivée des robots dans notre monde ?
Tu vois, ces robots ont existé dans l’imaginaire. Combien de jeux vidéo ont été construits par des créatifs, flattant notre imaginaire… Qui aurait pensé il y a 40 ans que nous allions défendre notre pays contre le djihadiste avec des drones ?
Avec les robots qui vont remplacer les ouvriers de plus en plus, avec des ordinateurs qui vont lire nos pensées, il s’agira de ne pas dériver. L’éthique, les valeurs morales humaines, seront essentielles pour  vivre ensemble. Si le progrès n’est que technique, que matériel, avec « un chacun pour soi » comme règle de vie, alors malheur à ceux qui n’auront pas suivis les bons apprentissages, qui n’auront pas appris les bons codes. Ils resteront au bord de la route leur vie durant, puisque les emplois industriels seront de moins en moins nombreux. Et, je ne suis pas sûr que les budgets de solidarité compenseront les revenus du travail, de plus en plus inaccessible par l’inadaptation de l’éducation, de la formation, de l’apprentissage. Je pense même le contraire. Je pense qu’il faudra complétement revoir notre modèle à la française de solidarité.

Déborah : tu veux dire quoi précisément ?
Que, les parents, l’école, les politiques, tous doivent se pencher vers ce futur qui est à nos portes. Tout va tellement vite aujourd’hui !

Déborah : est-ce un défi impossible à relever ?
Non, Déborah ! Près de 30% de la population ont déjà pris ce virage de l’adaptation.

Déborah : Comment cela ?
Par des signes, qui, séparés ne donnent pas encore de visibilité globale sur le sens, mais qui sont tangibles, par exemple :
La personne au centre de la société. Il s’agit de la personne prise dans son ensemble : corps, âme, esprit avec toutes ses aspirations ; son besoin de se réaliser tout en participant à l’intelligence collective. En pratique, c’est du temps bénévole consacré au service d’une cause, d’une intelligence collective.
Jean Staune, appelle cette prise de conscience : l’émergence d’une supraconscience qui va représenter une étape fondamentale dans l’histoire de l’évolution de l’humanité dit-il. Mais il n’est pas le seul. Nous avons des Pierre RAHBI, Mathieu RICARD, Christophe ANDRE, et bien d’autres, qui nous éclairent pour une nouvelle route. Ils ont développé leur vision dans un livre intitulé : se changer pour changer le monde édité chez l’iconoclaste. Je pense que le Pape François, par ses éclairages et ses actes est aussi un acteur du changement.
La nouveauté, le progrès, avec l’homme au centre de la société, sera que le dogme va s’effacer, au profit du vieil adage : « apprends lui à pêcher, plutôt que de lui donner un poisson ». Ce vieil adage sera la leçon et le guide de la vie. Le « c’est à prendre ou à laisser » ou encore « vous devez croire cela sinon vous êtes un hérétique » vont prendre un coup de vieux. Et, ce sera un vrai progrès de la postmodernité qui exigera des hommes et des femmes de demain des comportements qui soient en accord avec les valeurs d’authenticité, de clarté, de transparence et d’égalité. Ouf, la transmodernité n’acceptera plus les maltraitances, les violences faites aux animaux, à la nature. 
Le commerce équitable, la nourriture biologique et toutes les pratiques qui accompagnent globalement le développement durable se retrouvent au cœur des préoccupations de la personne transmoderne. Il y a là une dimension éthique, dans ses choix de consommateur, qui est centrale dans ce mouvement qui nous entraine. En contrepartie, des nouvelles aspirations se font jour.

Déborah : Et, quelles sont alors ces nouvelles aspirations ?
Les personnes qui font confiance dans le progrès de la science se placent au centre. Elles se font confiance pour utiliser de façon sereine ce que la science leur permet. Elle donne dans leur vie la priorité à l’être sur l’avoir. Elles se mettent en position de choisir. Ce sont des personnes qui sont en quête d’accomplissement personnel, de spiritualité – religieuse ou laïque – mais qui refuse l’intégrisme. Ce sont aussi des personnes qui veulent se faire leur opinion par elles-mêmes. Elles recherchent la culture, le débat, et sont prêtes à payer un peu plus cher certains produits s’ils sont sains. Elles refusent de se sentir manipuler et iront chercher l’information sur des médias sérieux. Le respect sera au centre du vivre ensemble. Respect des personnes, en particulier de tous les êtres humains en situation de fragilité, les enfants, les personnes dépendantes… Respect de la nature, de la biodiversité…
En fait, ce ne sont pas des prévisions, tous ces changements sont déjà en marche.
Déborah : Et ils vont se poursuivre.
Merci Guy de nous éclairer humainement sur ces belles nouvelles que nous ne voyions pas toujours faute d’être pris par un quotidien envahissant.

Vous êtes ici Dossiers Chroniques Vers une économie du savoir